La France avec les yeux du futur

5 décembre

mardi 26 novembre

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Voici venu le moment décisif pour Emmanuel Macron. Bien au-delà, la grève du 5 décembre est une insurrection contre un ordre social injuste et destructeur. La majorité de notre peuple ne peut plus supporter un président de la République à l’image de Louis Philippe, soutenu par la bourgeoisie d’argent mais sans la poire bonhomme de son prédécesseur. Son système policier associe la provocation (des Black Blocs, dont l’identité est connue, entrant et sortant des manifestations comme dans un moulin) et la volonté d’un « partenariat avec le secteur privé ». On privatise tout, même le maintien de l’ordre, et tant pis pour les yeux et les mains des Gilets jaunes, tant pis pour les heures supplémentaires et la destruction de la vie familiale des gendarmes et policiers chargés de leur répression.

L’importance de ce 5 décembre est que face à la bulle financière de tout, se lève la France du travail dans une grève de tout. Côte à côte on verra des travailleurs de la SNCF et de la RATP, enseignants, routiers, étudiants, avocats, personnels du ministère de la Justice, pompiers… Assemblage hétéroclite ? Non, un bloc populaire majoritaire. Face à lui, l’aveuglement. Pour les anciens conseillers du président David Amiel et Ismaël Emelien, « le comportement électoral n’a jamais aussi peu dépendu de la position sociale ». Richard Ferrand, président du Parlement, affirme que « le 5 décembre est une manifestation pour conserver les inégalités ». Ils sont incapables de comprendre une colère qui déborde le cours habituel de leurs méthodes de contrôle.

Trois erreurs de fond sont à ne pas commettre.
La première est de croire que la solution serait ce que certains appellent une « transition écologique » et d’autres un « Front populaire écologique ». Une écologie dévoyée est au contraire utilisée pour culpabiliser chacun d’entre nous, comme si nous étions tous des pilleurs, et laisser le champ libre aux forces financières qui imposent leur dictature. Celles-ci financent ouvertement Extinction Rebellion en livres anglaises et proposent une Nouvelle donne verte dont elles espèrent faire l’arme pour accumuler des profits et préserver leur pouvoir.

La seconde est de cibler une France multiethnique ou multiculturelle qui serait la cause de tous nos maux. Arrêter l’immigration préserverait notre « biotope national », comme si la France était une maison bien tenue où « c’était mieux avant ». Effectivement, c’était bien, mais pour les classes privilégiées !

La troisième est le culte du Brexit, comme s’il pouvait en soi assurer notre bonheur. On ne peut guère me suspecter d’être partisan de l’Union européenne : alors que d’autres, parlant haut et fort aujourd’hui, acceptaient le compromis européiste, je dénonçais dès 1986 l’Acte unique, acte inique. Cependant, on ne peut pas en sortir en sautant dans le vide, comme le coyote du dessin animé, mais en ayant une vision, un projet et une cohérence entre politique intérieure et politique internationale, comme l’avaient Charles de Gaulle et Pierre Mendès-France.

Aujourd’hui, le ferment légitime de grève de masse manque de projet. Il faut d’abord désigner clairement l’ennemi : la dictature financière de l’Empire britannique, muté en anglo-américain, qui tient les manettes des banques centrales et a fait de Christine Lagarde sa marionnette. L’Allemagne, avec son ordo-libéralisme, n’est que le driver Uber de cette plateforme. Ensuite et surtout, avoir un projet gagnant-gagnant : donner le robinet de l’argent au peuple pour que le crédit public aille au bien commun et aux générations futures.

Cela suppose, bien entendu, de sortir du suffrage de fait censitaire, au sein duquel ce sont toujours les plus friqués qui gagnent, et rebâtir un ordre de participation et de respect du service public.

Il est temps de nous mettre au travail. Une certaine idée de la France est attendue par les Français. La France, celle de nos Renaissances et de nos sursauts, manque au monde.


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L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.