La France avec les yeux du futur

Avec les yeux du futur

mercredi 17 janvier

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A Xi’an, lors de son voyage en Chine, Emmanuel Macron a souligné avec lyrisme que « les Nouvelles Routes de la soie réactivent un imaginaire de civilisation, un imaginaire à partager ».

La déclaration conjointe entre la République française et la République populaire de Chine mentionne bien que les deux chefs d’Etat ont « décidé de porter le partenariat global stratégique franco-chinois étroit et solide à un nouveau niveau », mais elle se contente de déclarer laconiquement en son point 19 : « La France salue l’initiative ‘La Ceinture et la Route’. La France et la Chine conviennent de réfléchir à des projets de coopération concrets sur la base du principe de bénéfice mutuel. »

L’on peut dire que, verbalement du moins, il y a loin de la coupe aux lèvres. D’autant plus que Bruno Le Maire a tenu des propos désagréables à ses interlocuteurs, annonçant qu’il avait dû refuser de très nombreux investissements chinois en France, qualifiés d’« investissements de pillage », et qu’il allait continuer à le faire.

Alors qu’à New York, fin juin 2017, il encourageait au contraire sans nuances les banquiers de Wall Street à investir chez nous : « L’ennemi ce n’est pas la finance... N’ayez plus d’inquiétudes sur le droit du travail français », et qu’à Saint-Nazaire, en octobre, il proclamait que la vraie menace venait de la Chine.

Double langage gouvernemental ? Nous préférons penser que le président de la République a ouvert une porte, mais sans vouloir bousculer ses alliés et partenaires européens et américain, ce qui est tout simplement incompatible. Une porte doit être ouverte ou fermée.

« un système gagnant-gagnant »

Dans cette situation, notre position est de faire un pari sur l’avenir. Sans naïveté ni complaisance, mais aussi sans un pessimisme porteur d’impuissance.

La juste question à se poser est : que devrait réellement faire notre pays pour participer à un système gagnant-gagnant ? Quel ordre de relations internationales peut dépasser la géopolitique et permettre réellement ce « développement mutuel » que les Nouvelles Routes de la soie se fixent explicitement pour but ? Comment saisir la balle au bond ?

La réponse est celle que nous donnons ici depuis que nous avons développé, même avant Beijing, le concept de Nouvelles Routes de la soie et d’un développement « de l’Atlantique à la mer de Chine ».

C’est de rétablir un ordre financier mondial permettant ce développement de l’économie physique et humaine, car on se dirige, dans l’ordre actuel, vers une catastrophe économique et un risque croissant de guerre. L’élimination des spéculations bancaires, une politique de crédit public et une souveraineté monétaire retrouvée, avec une véritable banque nationale, en sont les piliers.

Nous avions appelé ce nouvel ordre, donnant priorité aux infrastructures physiques et humaines, « un Nouveau Bretton Woods ». C’est le socle nécessaire au « Pont terrestre mondial » de paix par le développement mutuel, auquel doivent conduire les Nouvelles Routes de la soie.

Dans le système financier existant, avec un encours des dettes planétaires qui atteint plus de trois fois le PIB mondial et un encours de produits financiers dérivés qui le dépasse de dix fois, le système s’entretient en produisant de la fausse monnaie, un crédit qui dope la finance sans production réelle de biens.

Si la politique française ne se définit pas par une sortie de ce système d’apprentis sorciers, comportant une annulation ordonnée des dettes illégitimes, elle se condamnera à l’impuissance et deviendra de plus en plus destructrice. Rester à mi-chemin serait se noyer dans le Rubicon.

Évidemment, la politique intérieure ne doit plus être dans la continuité de l’austérité sociale consentie des présidences précédentes, et les « réformes sociales » ne doivent pas, bien entendu, être pires. Il faut une base nationale à ce changement de politique internationale, à ce nouveau paradigme.

C’est mon projet d’une France « avec les yeux du futur ».


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L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.