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Consistance révolutionnaire

jeudi 22 février

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Nous sommes parvenus à un moment de l’histoire où le système dominant n’est plus de nature à assurer la paix dans le monde. Un tsunami financier est inéluctable si l’on continue comme on va, en laissant une oligarchie occidentale composée de 5 % de la population rafler toute la mise du système, tout en imposant au reste l’austérité sociale et une contraction de la croissance de l’économie. Un tel développement des inégalités sans croissance réelle, accru aujourd’hui par le fait que la classe dominante s’empare des outils du numérique et de la robotique, mène toujours à la guerre. L’organisateur de la grande Conférence annuelle sur la sécurité internationale de Munich a lui-même reconnu que « le monde est au bord de l’abîme ».

La seule exception est la Chine, qui contribue pour environ 40 % à la croissance mondiale et qui, comme tout le monde le répète désormais, a arraché 800 millions d’êtres humains à la misère. Cependant, la Chine, comme son président Xi Jinping le sait et le dit, ne peut assurer à elle seule le rôle de locomotive. Il est nécessaire de créer une plate-forme entre Etats, à l’échelle internationale, pour construire un « pont terrestre mondial » substituant à la priorité actuelle d’un pillage sans règles un ordre global « gagnant-gagnant » fondé sur le développement mutuel.

« Devenir révolutionnaire comme Einstein. »

Cela ne peut être que si la politique internationale des Etats tend vers ce but et que leur politique intérieure s’y inscrit en même temps. C’est une consistance politique révolutionnaire qui est nécessaire. Pour un pays comme le nôtre, il est bon que notre politique internationale reconnaisse « un temps où la Chine et la France peuvent se permettre de rêver ensemble » et où « les nouvelles routes de la soie réactivent un imaginaire de civilisation, un imaginaire à partager », comme l’a déclaré le président Macron à Xi’an. Cependant, ces paroles ne signifieront rien, ne seront rien si par ailleurs nous continuons à nous soumettre à la loi des marchés financiers. On ne peut à la fois caresser le tigre et roucouler avec la colombe. On ne peut prétendre défendre la cause du progrès humain dans le monde et faire le contraire chez soi. Notre politique étrangère ne sera rien sans base nationale.

Cela signifie ne plus accepter les conséquences de la loi des marchés financiers qui, comme le déclarent les présidents de nos quatre fédérations hospitalières, aboutissent à menacer la notion même de santé publique. « A force de mesures purement comptables, le point de rupture est proche. »

On le voit dans les EHPAD où, malgré les efforts héroïques de leurs personnels, beaucoup de nos vieux vivent un outrage quotidien. On le voit dans la baisse du pouvoir d’achat de la majorité d’entre nous alors que les cadeaux sont faits aux privilégiés, avec la suppression de l’ISF concernant les profits financiers et l’abaissement de la taxation du capital sans contrepartie réelle.

On le voit dans l’austérité imposée aux collectivités territoriales, on le voit dans la réforme qui se prépare à la SNCF, explicitement voulue contre le droit des cheminots, on le voit dans la suppression prévue des petits tribunaux de province.

Cependant, il ne faut pas en rester là. C’est d’état d’esprit qu’il nous faut changer. Cela nous impose de devenir révolutionnaires comme Einstein :

On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui l’a créé.

Ne plus penser par déduction ni par induction, mais en créant, en découvrant, par delà la logique absurde de systèmes clos. La gloutonnerie oculaire de notre époque nous en distrait.

Pensons donc comme tous ceux qui découvrent, en partant d’un principe organisateur général, d’un projet positif constamment enrichi par un dialogue entre ceux que Jaurès appelait « les pèlerins de la perfection ». Tout notre plaisir est le pèlerinage mental, non pour l’avantage d’un soi étriqué mais pour celui d’autrui, y compris cet autrui meilleur que nous pouvons tous devenir.


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L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.