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Estime de soi

samedi 11 novembre

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Par Jacques Cheminade, le 7 novembre 2017

« 350 milliards cachés de l’évasion fiscale soustraits chaque année à la fiscalité des Etats, 120 pour l’Union européenne et 20 pour la France » (Le Monde, à la une du 7 novembre).

« La prochaine crise financière est annoncée. Remonter les taux fait courir le risque du krach financier. Maintenir les taux faibles, c’est alimenter la bulle financière » (Daniel Cohen dans L’Obs du 2 novembre).

« Un krach financier imminent ? » (Michel Ruimy, professeur à l’ESCP-Europe).

Ce que nous disons ici depuis plus de trente ans est aujourd’hui reconnu par des « experts », jusqu’à maintenant serviteurs zélés du mondialisme financier. Cependant, non seulement ils ne remettent pas en cause les fondements de ce « système » au sein duquel ils opèrent, mais ils ne proposent aucune alternative.

Or, dès 1995, j’annonçais que le système financier en place était en train de devenir une « pyramide de Ponzi » condamnée à s’écrouler. Bien avant ceux qui ont dénoncé « l’oligarchie des incapables », j’appelais, en janvier 1999, à « rompre le pacte scandaleux des élites françaises ».

Avant 2012, je plaidais pour « bloquer, par une mobilisation populaire, l’émission de capital fictif créé par les banques, en le remplaçant par de l’argent émis sous contrôle de l’Etat pour l’équipement de l’homme et de la nature, pour le bien commun et les générations à naître, pour des choses à créer, pas des possessions à exploiter ».

Dès 2011, dans Un monde sans la City ni Wall Street, je proposais « un grand chantier pour demain ». Suis-je un visionnaire ? Non, ce sont les autres qui n’ont pas voulu voir le cours suicidaire des choses et l’outrage fait aux générations futures.

Aujourd’hui le pouvoir appartient encore aux illusionnistes, qui détournent l’attention de l’essentiel en la focalisant sur les effets. On parle des Paradise Papers mais sans expliquer comment se fabrique la fausse monnaie. On parle des abus sexuels mais sans expliquer le contexte dans lequel les femmes peuvent être considérées comme des objets livrés aux désirs pervers de nantis.

On parle du scandale du prix du beurre mais sans expliquer comment les voyous incompétents qui gèrent notre agriculture ont partie liée avec les spéculateurs qui manipulent les marchés. On analyse les effets, sans volonté politique de remonter aux causes. On ne finance pas l’effort de recherche pour découvrir de nouveaux principes physiques permettant un progrès dans la production. Les retraités paieront de fait 4,5 milliards d’euros pour les entreprises, à travers la hausse de la CSG.

On prétend que c’est au nom de la solidarité entre générations, mais on n’accroît pas comme il le faudrait le nombre de places en crèche et on réduit l’allocation de prestation d’accueil du jeune enfant. Toute la société est victime d’une désolidarisation, le crédit se substituant au pouvoir d’achat des salaires et les plateformes virtuelles aux entreprises productives.

Rien n’est fait pour reprendre aux financiers le contrôle de l’économie numérique et robotique qui, dans les conditions actuelles, détruira massivement des emplois au lieu d’en créer de nouveaux et de meilleurs.

Même les bonnes intentions, comme celle inspirant le système des « devoirs faits », ne peuvent aboutir car au lieu d’un système incluant tous les élèves dans des heures d’études, les meilleurs pouvant aider les autres, on laisse le choix à l’initiative des établissements (à eux de décider quand, comment et avec qui). Conséquence, seuls 25 % des collégiens pourront bénéficier du dispositif.

La contradiction ne peut qu’éclater entre une politique internationale qui se veut intelligente et une politique intérieure autodestructrice. On ne peut à la fois se prétendre gaullien et servir l’austérité sociale de Wall Street et de la City.

La dissuasion du faible au fort que j’avais proposée en 2013 à MM. Hollande et Macron est devenue une soumission face au fort. Notre projet le défie pour rétablir l’estime de soi.


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L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.