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L’Afghanistan doit devenir l’exemple d’une coopération internationale

mardi 17 août

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Paris, le 16 août 2021 — Je viens d’entendre la déclaration du Président de la République. Au lieu de me livrer à un commentaire sur ce qu’il a dit, il est bien plus important d’exprimer ce qu’il aurait dû dire. Car il ne s’agit pas ici de commenter ce qui a été fait ou « d’aider autant que nous pourrons le faire » ceux qui se sont engagés à nos côtés mais de tout faire pour redonner une espérance au peuple afghan. Cette espérance sera la meilleure manière de le protéger de ceux qui prétendent l’opprimer, de l’extérieur comme de l’intérieur.

La déroute des forces de l’OTAN n’est pas la consécration d’un « juste combat » auquel nous avons participé. Si les forces de l’armée afghane se sont décomposées, malgré leur immense supériorité numérique et en armement, c’est qu’elles n’étaient plus soutenues par l’adhésion du peuple. Il faut dire la vérité : ce sont les mêmes services américains ayant d’abord soutenu Ben Laden qui sont ensuite intervenus au nom de la « responsabilité de protéger la démocratie » et de combattre le terrorisme. Entre 2001 et fin 2014, nous sommes intervenus avec eux. Les forces américaines ont perdu 2400 soldats et leurs alliés de l’OTAN 1100 autres, dont 90 des nôtres, morts héroïquement. Plus de 1500 milliards de dollars ont été dépensés, des centaines de milliers d’Afghans sont morts et nous voilà revenus au rapport de forces d’il y a 20 ans. Le taire lorsqu’on parle à notre peuple revient à un déni de réalité.

Pire encore, pour se concilier les seigneurs de la guerre et des gouvernements corrompus, nous avons encouragé de fait la production et le trafic de drogues. Les principaux bénéficiaires en ont été une mafia internationale, qui blanchit ses revenus criminels dans les réseaux des grandes banques. Il faut dire les choses comme elles sont : le bénéfice du trafic en Afghanistan a été évalué à 350 millions de dollars, alors que le prix de vente de la drogue en Europe a atteint plus de 20 milliards. Nous avons agi de fait comme des entremetteurs complices de ceux qui se sont enrichis sur le dos d’un pays. Et c’est le premier régime des talibans qui avait finalement accepté d’éradiquer les cultures. Elles ont repris après l’intervention de l’OTAN.

Cela ne signifie bien entendu pas que le système taliban est souhaitable mais qu’il est nécessaire de comprendre les causes de leur succès en reconnaissant nos fautes et l’assentiment final et négocié des gouvernements américains à la chute de Kaboul.

Alors que faire ? Là est la vraie question. Une vraie stabilisation de la situation suppose une entente entre les principaux gouvernements d’Asie centrale, qui la recherchent, et les quatre principales grandes puissances du monde, États-Unis, Russie, Inde et Chine, la France pouvant et devant jouer avec l’Europe un rôle de catalyseur et de médiateur pour une paix par le développement économique mutuel. Emmanuel Macron n’a mentionné ni la Chine, dont le rôle doit être essentiel avec sa nouvelle route de la soie, ni l’Inde. Je ne pense pas, hélas, que ce soit un oubli chez un homme chez qui tout est calcul.

Le nom de la paix est le développement économique, comme l’a affirmé le pape Paul VI dans son Encyclique Populorum progressio.

Cela signifie ici encourager la production de cultures vivrières et donc l’éradication des champs de pavot, en fixant des justes prix aux produits. Cela signifie permettre l’exploitation des immenses ressources minières du pays, en promouvant progressivement leur exploitation industrielle sur place. Cela signifie développer les réseaux d’adduction et d’assainissement et mettre en place un système de santé publique digne de ce nom. Cela signifie étendre pour intégrer la seule voie ferrée afghane, construite en 2011, entre Mazar-i-Sharif et l’Ouzbékistan, vers d’une part Kaboul et le Pakistan, et de l’autre de l’Ouzbékistan vers le Turkménistan et, au-delà, vers toute l’Eurasie. L’Iran, pour sa part, a proposé de construire une ligne allant de la frontière iranienne à Hérat et Mazar-i-Sharif.

Il ne s’agit pas de rêver mais d’agir avec ceux qui sont prêts à s’y engager, saisissant ainsi l’occasion de changer les relations entre grandes puissances et de faire ce que nous devons au peuple afghan.

Si j’ai été ici un peu long, c’est parce que notre Président de la République a été bien court, en commentateur défensif plutôt qu’en visionnaire rationnel.


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