La France avec les yeux du futur

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Il est permis de se demander si nos élites vivent bien dans le monde réel. Elles fixent leurs yeux et leurs vues sur les élections européennes de 2019, les municipales de 2020 et les présidentielles de 2022, voire les Jeux olympiques de 2024.

Comme si rien n’allait bouleverser ces échéances. La seule explication de leur aveuglement est qu’elles s’entretiennent depuis plus de trente ans dans l’illusion de maîtriser leur règle du jeu, sans comprendre que c’est cette règle qui est condamnée par l’histoire. Je dénonçais déjà leur pacte suicidaire en janvier 1999, lors de leur ralliement à une fausse Europe de faux monnayeurs.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron et Edouard Philippe multiplient les réformes, qui ne sont que des adaptations à l’ordre du capital financier dominant en Occident. Ils continuent à présider à l’étranglement de notre industrie et au démembrement du service public. Ils se situent ainsi dans la continuité des baby-boomers arrivés aux affaires sous les présidences de François Mitterrand et Jacques Chirac.

« Aveuglement et fausseté. »

Leur consensus idéologique a été bâti sur la croyance à la fin des usines et de la classe ouvrière, à l’avènement du tout tertiaire et au règne de la finance. Aujourd’hui, on privatise les Aéroports de Paris, on abandonne le statut des cheminots et on livre la SNCF à la concurrence, en s’efforçant d’entretenir l’exaspération des Français contre la grève. Gilles Bouleau, au JT de 20 heures de TF1(Bouygues), détaille « le cauchemar de centaines de milliers de clients ». Tout est dit sous ce mot : nous ne sommes plus des usagers du service public mais des clients de « l’entreprise France ».

Les « premiers de cordée » ne laissent ruisseler que leur morgue oligarchique. En même temps, on a livré la branche énergie d’Alstom à General Electric, dans les conditions écœurantes rapportées dans L’Obs du 5 avril, et les données du ministère des Armées à Microsoft.

Ainsi ce n’est pas seulement pour les drones nécessaires à nos expéditions militaires que nous dépendrons des Américains, mais aussi pour les pièces de nos sous-marins nucléaires. Parler de souveraineté ou d’indépendance nationale devient une plaisanterie d’aussi mauvais goût que de prétendre à la « justice sociale ».

Anne-Sophie Beauvais, dans Le Figaro du 7-8 avril, le dit crûment : « En voyant Emmanuel Macron arriver à l’Elysée, j’ai l’impression que toutes les idées dans lesquelles nous avons baigné à Science Po ont pris le pouvoir avec lui. (...) C’est un peu comme si la strauss-kahnie de ces années-là avait mué en macronie. »

La préservation de soi de la fausse gauche est devenue l’attribut d’une élite technocratique de libéraux autoritaires. Tiens, tiens… vous pensez à l’entourage de Badinguet ? Vous y êtes, c’est la version start up du XXIe siècle avec un zeste de Ricœur.

Selon l’institut ELABE, 27 % des personnes interrogées disent que c’est de Nicolas Sarkozy que se rapproche le plus Emmanuel Macron. Avec eux, notre pays s’est embourbé à nouveau dans son modèle d’empire colonial financier, improductif et marchand de la fin du XIXe et du XXe siècle avant Mendès-France et de Gaulle. Si ceux d’aujourd’hui singent les références de l’un et de l’autre, leur spectacle n’en devient que plus accablant de fausseté.

Il y a pire. Nous sommes aujourd’hui face au péril d’une guerre froide qui peut devenir, comme certains le disent déjà en Russie, une guerre mettant l’humanité en péril. C’est exagéré, direz-vous ? Hélas non, car comme le savaient bien les colonisateurs de l’Inde, c’est quand le tigre est blessé qu’il est le plus dangereux. Or notre élite, en raison de son impuissance, se place dans le camp du tigre blessé, la puissance financière britannique qui, en s’appuyant sur le muscle militaire américain, veut échapper au danger d’un krach financier inéluctable – et pour elle mortel – en jouant la carte de la menace nucléaire.

Il est bien temps que nos élites se réveillent ou se retirent. Nous devons être prêts dès 2018.


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L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.