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Le poison suicidaire de Mme Lagarde

jeudi 19 septembre

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Par Jacques Cheminade

Nous vivons dans un ordre financier qui enrichit volontairement les riches et appauvrit non moins volontairement les pauvres. C’est ce qui a motivé le soulèvement des Gilets jaunes, qui subissent les conséquences de cet ordre dans leur vie quotidienne. Cependant, sous des mots compliqués et des formules obscures, les forces financières regroupées au sein d’une oligarchie – régime politique dans lequel la souveraineté appartient à une classe restreinte et privilégiée – s’efforcent de rendre leurs manœuvres impossibles à comprendre par ceux qui devraient les combattre. Ils opèrent comme des escamoteurs qui détournent l’attention pour qu’on ne découvre pas leurs tours. La trahison des responsables socialistes et le report de la culpabilité sur des boucs émissaires (immigrés, complotistes de tout poil, institutions, climat…) ajoutent à la confusion et entretiennent leur stratégie de dissimulation.

Nous allons tenter d’expliquer ici le mode d’opérer de nos adversaires afin de mieux le combattre collectivement, comme le fait une bonne équipe de foot ou de rugby sur son terrain. Nous ne présentons pas une analyse pour le plaisir de l’analyse, mais pour définir la cible du combat.

La première chose à comprendre est que l’argent est l’arme de ceux qui l’émettent. Son robinet est aujourd’hui tenu par les banques centrales, gérées par une « élite » de banquiers privés non élus et de fonctionnaires financiers qui ont mis sous tutelle les responsables gouvernementaux. Les banques centrales, elles, gèrent pour le compte des grandes banques et des riches, nouveaux ou vieux, qui leur sont associés. Elles produisent de la fausse monnaie pour nourrir les bulles monétaires, ne correspondant ni à une amélioration de l’homme et de la nature, ni à des découvertes permettant d’accroître la productivité humaine. Cet argent est un empilement de dettes sans créer les moyens qui permettraient de les rembourser.

Il s'est ainsi formé une « bulle de tout » qu'on nourrit avec n'importe quoi, c'est-à-dire de la fausse monnaie.

Alors que fait ce système, celui de la City de Londres, de Wall Street, des paradis fiscaux et de tous leurs collaborateurs et intermédiaires qui gèrent le monde du dollar et de l’euro ? Il fait comme on a fait avec les assignats. Il remplace les produits financiers sains – engendrant des investissements en biens réels et en pouvoir d’achat – par des produits vénéneux, comme la poêlée de poison monétaire que prépare la nouvelle présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde.

Il s’est ainsi formé une « bulle de tout » qu’on nourrit avec n’importe quoi, c’est-à-dire de plus en plus de fausse monnaie.

Ils ont d’abord systématiquement abaissé les taux d’intérêt jusqu’à les faire descendre en dessous de zéro : aujourd’hui, 17 000 milliards d’obligations à taux d’intérêt négatif ont été émises dans le monde. Christine Lagarde, passée du Fonds monétaire international (FMI) à la Banque centrale européenne, affirme qu’« il reste encore de fortes marges de détente des taux » bien qu’en Europe, une douzaine de pays affichent déjà des rendements négatifs sur les dettes à 10 ans (- 0,72 % en Allemagne, - 0,42 % en France et plus de - 1 % en Suisse…), sans parler du Japon. Le résultat est d’enrichir ceux qui détiennent les vieilles obligations (dont le prix monte du fait qu’elles rapportent plus que les nouvelles), ceux qui possèdent des actions (avec l’argent qu’elles reçoivent des Banques centrales, les banques prêtent aux entreprises, qui rachètent leurs propres actions et font ainsi monter les cours) et l’ensemble du système financier, qui gagne bien plus à spéculer sur les valeurs qu’à alimenter la production de l’économie réelle. Sont essorés les épargnants (avec 0,75 % en livret A, on perd son argent à cause de l’inflation), les travailleurs et les classes moyennes, la recherche, la production d’équipements et de biens « longs » et les banques qui font leur métier de banquier (elles empruntent traditionnellement à court terme à des taux plus bas et prêtent à long terme à des taux plus élevés, mais aujourd’hui les courbes des taux tendent à s’inverser et les taux à court terme sont à peine inférieurs ou plus élevés que ceux à long terme). Avec les taux très faibles ou négatifs, les banques compensent en pariant sur le jeu financier à travers des organismes qu’elles financent (fonds spéculatifs, etc.) et les entreprises mal en point survivent en empruntant pour presque rien, remboursant ainsi les intérêts de leur dette sans être capables de rembourser le principal !

C’est le monde économique à l’envers d’Alice au pays des merveilles, où Christine Lagarde joue le rôle de nouvelle reine de cœur ! La BCE se réunit les 11 et 12 septembre, puis la Réserve fédérale le 18. On attend que Mario Draghi, encouragé par sa successeur, arrose à tout va : rétablissement de l’allègement quantitatif (rachat par la banque centrale de bons d’Etat souverains), TLTRO massives (prêts à 3 ans accordés aux banques) ou autres injections de liquidités.

Au sommet du château de cartes se trouve le système de la City et de Wall Street, avec l’élimination de toute forme de contrôle réel des flux financiers (la dérégulation). Dérégulation imaginée au départ par trois Français, Henri Chavranski (OCDE), Jacques Delors (Commission européenne) et Michel Camdessus (FMI). Comme le monstre de Frankenstein, leur œuvre les a dépassés et nous sommes aujourd’hui arrivés au bout. Lorsque la dette des gouvernements est devenue la mère de toutes les bulles, les apprentis sorciers ne peuvent en effet que repousser l’inéluctable krach. Mais seulement le repousser pour un temps de plus en plus court : lorsque l’argent domine tout et que son loyer tend vers zéro, devenant donc pratiquement gratuit pour l’oligarchie et ses collaborateurs, c’est que cet argent lui-même ne vaudra bientôt plus rien. Les banques centrales, comme vient de le dire à sa manière Emmanuel Macron lui-même, « ont atteint les limites physiques de leurs outils ». C’est la phase suicidaire, où le système administre le poison monétaire avec lequel il se tue lui-même en cannibalisant sa base économique et sociale. Notre objectif est qu’il ne nous entraîne pas dans sa mort !

Politiquement, c’est donc le robinet de l’émission d’argent et de crédit que le peuple doit reprendre. Tout autre engagement qui n’en tiendrait pas compte est une diversion nous éloignant du vrai sujet : le bien commun et les générations futures.


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